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+ du Web du n°7
Réforme du Conseil de la Magistrature
en Argentine
Retrouvez l'intégralité de l'interview de Fabian Salvioli, Professeur
de Droit international Public, Directeur de l'Institut des Droits de
l'Homme à l'Université de La Plata en Argentine. Outre l'aspect juridique,
cet entretien revient sur l'aspect politique d'une réforme controversée.
Quelle sera la nouvelle composition du Conseil de la Magistrature
argentin avec cette réforme ?
Le Conseil de la Magistrature a été réformé dans sa composition. Désormais
siègent 13 membres, contre 20 auparavant. Actuellement, la Loi nationale
26.080 établit qu'il doit y avoir : 3 membres représentant les magistrats,
2 pour les avocats, un désigné dans le domaine académique, 6 législateurs
et 1 représentant du Pouvoir exécutif national.
La presse française parle d'un retour à la situation d'avant 1994,
est-ce une réalité ?
Pas exactement. La situation du pouvoir judiciaire a été fondamentalement
amélioré au niveau institutionnel depuis le changement réalisé dans
la composition de la Cour suprême de la Nation, qui est aujourd'hui
un tribunal indépendant et prestigieux, ce qui le différencie de la
" cour attachée " de l'époque du président Carlos Menem. De toutes façons,
la réforme du Conseil de la Magistrature entraîne un recul institutionnel
qui présente un grave signal d'alerte.
Quelles seront les conséquences principales de cette réforme?
À grands traits, l'équilibre établit par l'article 114 de la Constitution
Nationale, quant à la composition du Conseil, est brisé. Les représentants
politiques dans leur ensemble ont plus de pouvoir (il y en a 7 sur 13)
et ils disposent d'une majorité absolue. De la même manière, le gouvernement,
(ayant 1 représentant du pouvoir exécutif et 4 législateurs pour la
majorité parlementaire) obtient un pouvoir de veto sur des questions
cruciales, telles que l'ouverture d'un procès contre un juge, afin de
décider d'une éventuelle destitution, ou la proposition de trois personnes
pour la désignation des juges nationaux. Ces décisions, au sein du Conseil,
ont besoin des deux tiers des votes.
Comment expliquer la rapidité avec laquelle le président Kirchner
a promulgué cette loi (en 24h) ?
C'est une stratégie du pouvoir exécutif pour enterrer définitivement
l'affaire et que la presse, principalement, enlève le sujet du Conseil
de la magistrature de leur agenda quotidienne. Il a réussi à le faire,
mais maintenant il y a une bataille judiciaire, étant donné que certaines
institutions ont porté plainte par rapport à la réforme, à travers des
actions d'inconstitutionnalité de la loi 26.080.
Comment est justifiée cette réforme ?
Le gouvernement considère qu'après six ans de mise en pratique, le Conseil
devait être réformé pour modifier les erreurs qui ont été repérées dans
son fonctionnement et dans sa composition.
On a dit que les organes surgis de l'élection populaire, et par conséquent,
jouissant d'une plus grande légitimité démocratique, possédaient une
participation diminuée. De la même manière, il n'était pas juste que
les minorités aient la même représentation que la majorité parlementaire
; de même, qu'il était nécessaire de donner une plus grande fonctionnalité
aux commissions et finalement que la réduction des membres (20 avant,
13 maintenant) rend plus facile l'accord dans la prise des décisions
et réduit les exigences pour arriver au quorum.
Quelle est la réaction des professionnels du droit en Argentine ?
Il y a eu une réaction très claire contre la réforme chez les magistrats
autant que chez les avocats. Particulièrement, la Fédération argentine
des Barreaux et l'Académie nationale de droit ont été très critiques.
De différentes et prestigieuses organisations non gouvernementales des
Droits de l'Homme d'Argentine, (l'Association pour les Droits Civiles
et le Centre d'Études Légaux et Sociaux) et internationales, (comme
Human Rights Watch) ont adhéré à cette critique. Ces ONGs, marquent
comme principal souci, l'équilibre et le pluralisme (but du Conseil)
brisés par la réforme, qui de cette manière, creuse gravement l'avancement
constaté pendant le gouvernement de Kirchner, pour rendre plus fort
l'indépendance judiciaire et l'état de Droit en Argentine.
La presse parle de " cadeaux " aux Péronistes, qu'en est-il ?
Le péronisme est un mouvement, et il est divisé en différentes factions
politiques ; dans plusieurs provinces le parti au pouvoir est Kirchneriste
(péroniste) et la première opposition est Duhaldiste ou Menemiste (péroniste
aussi). Pour cela, l'une des conséquences de la réforme qui a reçu plus
de critiques, est qu'elle enlève aux deuxièmes minorités parlementaires
toute participation au Conseil de la magistrature, alors la représentation
parlementaire peut être complètement péroniste.
En tout cas, si on ne compte que les législateurs de la majorité et
le représentant du pouvoir exécutif, le parti Kirchneriste (Frente para
la Victoria) a maintenant une représentation de 38% du Conseil.
La séparation et l'équilibre des pouvoirs en Argentine sont-ils remis
en cause ?
Je n'ose pas le dire, même s'il s'agit d'un signal d'alerte important.
Dans une analyse objective, la réforme est en soi recul évident et il
faudra savoir comment la justice résoudra le débat juridique sur la
constitutionalité de la loi.
D'autre part, on ne doit pas méconnaître que le gouvernement de Kirchner,
n'a pas donné jusqu'ici des signaux de vouloir exercer un contrôle sur
le pouvoir judiciaire, particulièrement en ce qui concerne les désignations
et destitutions des juges, mais il est vrai qu'avec la réforme, il a
maintenant un instrument légal pour le réaliser.
Les cas concrets, montreront si dans la pratique, le gouvernement emploie
le pouvoir légal obtenu pour sa convenance exclusive, ou pas. Pour la
" santé républicaine ", l'idéal serait que la justice détermine l'inconstitutionnalité
de la Loi et que l'on organise un débat ouvert pour réformer le Conseil
de la magistrature, - qui a fonctionné d'une manière très critiquable
- afin que la réforme ne brise pas le concept d'équilibre dans sa composition
et n'octroie pas un pouvoir de veto à aucune des corporations.
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