+ du Web du n°7
Fil rouge d'un rapprochement
Il existe un fil rouge pour évaluer l'opportunité d'accepter le principe
d'une fusion entre deux cabinets juridiques. Deux indices sont à évaluer
: le capital et la culture. Chaque partie prenante à la fusion devra
passer par un audit de ses facteurs clés (due dilligence). En fin de
parcours, les parties pourront sur cette base négocier et corriger les
éléments de discussion et, en conclusion, accepter ou refuser la fusion
en toute sérénité grâce à ce schéma.
Le capital
Le capital d'un cabinet d'avocat est composé de :
La qualité des avocats
On pourrait partir du principe que juger la qualité des avocats est
subjective. Il y a néanmoins des éléments objectifs pour l'évaluer.
Le nombre de publications, le nombre de charges d'enseignement, le parcours
scolaire, le nombre de séminaires donnés, le nombre de formations et
de recyclages suivis sont autant d'éléments objectifs permettant de
noter la qualité académique.
Celle-ci doit être complétée par la qualité en développement d'affaires
qui touche davantage à la réputation, au leadership, à la présence
médiatique, à l'aura enregistrée dans la presse spécialisée et à la
position dans certains grands annuaires.
Fusionner avec un grand nom n'est pas forcément un atout car la qualité
des avocats touche aussi à la qualité humaine, sans doute celle
qui est la moins mesurable objectivement.
La qualité du portefeuille client
Les juristes évoquent souvent la notion de " propriété de clientèle
". Force est de constater que cette clientèle est rarement gérée comme
un vrai patrimoine. Toutefois, dans le cadre de l'introspection, on
étudiera le type et la qualité de la clientèle. Notons que certains
types de structures sont davantage des cabinets de transactions (divorces,
M&A,…) que des cabinets d'accompagnement de clientèle. La relation avec
le client est donc différente entre un juriste faisant des opérations
one-shot et un juriste exerçant le suivi continu d'un client.
Le capital financier
La gestion financière des différentes entités peut varier considérablement.
Certains cabinets sont propriétaires de leurs locaux et de leur parc
informatique, d'autres préfèrent louer ou leaser. Certains ont constitué
des réserves financières quand d'autres se sont lourdement endettés.
On remarque que sans un équilibre de capitalisation minimum entre les
deux structures, un cabinet fortement endetté doit compenser son partenaire
en s'endettant encore davantage pour payer sa contribution au capital
de la nouvelle entité.
Comme dans toute fusion-acquisition, il est important de passer au crible
les comptes afin de voir si le partenariat se fonde sur une situation
saine.
La culture
Chaque juriste, chaque cabinet véhicule une culture et des valeurs qui
lui sont propres. La principale difficulté rencontrée dans les cabinets
juridiques est que cette culture est généralement latente et non reconnue
unilatéralement par les associés. Ce phénomène de " culture d'entreprise
masquée " provient du fait que peu de cabinets ont investi dans un plan
d'entreprise. Les associés confondent le contrat d'association et le
business plan.
C'est en général la problématique de la " culture " qui est le second
facteur déterminant dans la réussite ou l'échec d'une fusion. La vérité
interne d'un cabinet peut se révéler sensiblement différente de l'image
communiquée vers l'extérieur.
Le facteur humain est tellement sensible dans un processus de fusion
entre avocats que l'on ne peut que recommander l'utilisation d'une "
retraite " ou d'un week-end de mise en commun pour échanger les vues
et les valeurs. Le cas échéant, cet exercice pourra être " médiatisé
" par un observateur externe indépendant qui reformulera la vision et
les stratégies du cabinet A et du cabinet B. Il ne s'agit pas dans ce
cas de créer une hiérarchie de valeurs mais bien d'en percevoir la compatibilité.
Laurent Marlière
Consultant chez SCIPION
Cabinet de Conseil en Management Juridique
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