+ du Web du n°6
Formation : une première pour l'Université
de Limoges
3 questions à … Robert Mazabraud, expert en incendie, Président
de la compagnie (pluridisciplinaire) des experts qui a crée un Diplôme
Universitaire visant à former les experts à la technique judiciaire.
1) Estimez-vous que la formation des experts dans votre domaine de
l'incendie et de l'explosion est satisfaisante ?
Intervenant en recherche de causes de sinistres incendie, la formation
élémentaire dans cette discipline n'existe pas. Avec la compagnie des
experts mono disciplinaire en incendie, nous avons réussi à monter avec
un organisme un premier module de 2 jours plus spécialement adapté à
notre "métier" mais cette expérience n'a réuni qu'une dizaine de participants
et il n'est pas sûr qu'elle se pérennise.
Dans ma spécialité, où même lorsque l'on accompli beaucoup de missions,
le risque d'erreurs préjudiciables est important, la sélection devrait
être draconienne. Un expert qui ne réalise que quelques missions par
an ne peut pas être crédible. Il devrait y avoir une certification comme
cela existe déjà aux Etats-Unis ou au Canada.
2) Seriez-vous favorable à des enseignements spécialisés sous la
forme de diplôme universitaire appliqué à certaines expertises dont
le programme serait élaboré avec les magistrats ?
Ca existe chez nous. Il existait certes des formations privées mais
aucune n'était sanctionnée par un diplôme d'université. Avec l'appui
du Premier Président, du Procureur Général, du Bâtonnier et de l'Université
de Limoges, j'ai créé en tant que Président de la compagnie (pluridisciplinaire)
des experts un Diplôme Universitaire visant à former les experts à la
technique judiciaire. La 3ème promotion de 25 est actuellement en cours.
Les résultats sont très encourageants. Cette formation dispensée par
des magistrats, des avocats, des professeurs d'université et des experts
ne règle cependant pas le problème de la compétence technique et du
comportement des experts désignés mais elle permet cependant de limiter
les fautes de procédure.
3) Comment envisagez-vous l'avenir de votre secteur d'expertise ?
Trop d'experts ne pratiquent pas assez pour rendre un travail de qualité.
Trop d'experts acceptent des missions pour lesquels ils n'ont pas les
compétences requises. Afin d'éviter la lenteur, la lourdeur et le coût
de l'expertise judiciaire, l'arbitrage est en passe de prendre le relais.
Une évolution à l'anglo-saxone paraît à terme incontournable. Il n'est
pas certain que cette évolution garantira les intérêts du justiciable.
Si le modèle français qui est à mon sens le plus équitable ne se réforme
pas, il disparaîtra.
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