+ du Web du n°5
Loi de sauvegarde des entreprises
Directeur départemental pour la Seine-Saint-Denis de la Banque de France,
Jean Patoux a des rapports réguliers avec les entreprises et
les tribunaux de commerce. Pour Culture Droit, il revient sur
les avantages inhérents à la loi de sauvegarde des entreprises.
Quel est le rôle de la Banque de France auprès des entreprises ?
D'une part, nous avons surtout un rôle de conseil auprès des pouvoirs
publics comme le tribunal de commerce mais pas vraiment au niveau du
redressement. Nous intervenons avant tout en amont devant ces instances.
Nous signalons aux tribunaux de commerce les entreprises qui nous semblent
en difficulté, nous discutons avec les juges sur certains dossiers pour
les aiguiller. D'autre part, nous essayons de faire comprendre aux entrepreneurs
que le tribunal de commerce peut les aider avant l'arrivée de difficultés
insurmontables mais souvent ils arrivent au tribunal beaucoup trop tard.
Ces entrepreneurs, encore plus quand ils sont individuels, ont peur
du tribunal et ne veulent pas y aller de peur de tomber sous la sanction
de la loi. Nous essayons de leur expliquer qu'ils peuvent aussi être
sous la protection de la loi grâce à différentes procédures.
Quels sont les avantages de la nouvelle loi de sauvegarde des entreprises
?
L'avantage principal de cette loi est de favoriser une prévention de
la faillite. Il faut que les entrepreneurs comprennent que le tribunal
est aussi là pour les aider. Quand je discute avec des entrepreneurs,
je dis souvent " Mais allez au tribunal, allez-y ! " Cette loi
apporte de nouveaux outils qui permettront de faire un vrai travail
de prévention.
Trop souvent, les sociétés que l'on sauve une fois au tribunal finisse
par retomber comme par exemple Seb car elles sont arrivées la première
fois trop tard au tribunal. Les juges planchent sur des dossiers insolvables,
tentent d'y trouver des solutions mais c'est trop souvent trop tard.
Mettre en place une procédure qui met les entreprises sous la protection
de la loi est à mon avis une bonne chose.
Cette nouvelle loi est une cousine du chapter eleven américain.
Il est paradoxal de remarquer que la France met en place cette loi alors
que les Etats-Unis veulent la réformer.
Comme bien souvent en France, nous sommes en retard. Quand nous copions
les Américains, on remarque qu'ils sont déjà passés à l'étape suivante.
Cette nouvelle loi qui es plus favorable aux créanciers et aux entreprises
et moins sociale que la précédente est très utile. Tout ce qui favorise
une vue plus en amont des difficultés, un peu moins judiciaires est
une chance pour les entreprises mais aussi pour les créanciers. Je ne
comprends pas vraiment la polémique socialiste qui dénonce " une
loi de sauvegarde des intérêts des banques ". Si les entrepreneurs
et les banques travaillent en amont pour sauver les entreprises avec
la collaboration des tribunaux, ce sont des entreprises en dépôt de
bilan en moins.
Pour revenir à votre interrogation, je dirai qu'il est préférable d'appliquer
les lois anglo-saxonnes inhérentes aux entreprises que leur loi pénale
ou civile. Souvent les Américains ont des lois pour les entreprises
plus utilitaires et simples d'utilisation. Cette loi va dans le bon
sens.
Propos recueillis par Jordan Pillet
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